Je suis le maître de ce château, la légende du guerrier noir Tome 2

Je suis le maître de ce château
La légende du guerrier noir
Tome 2
A la fin du XVIIIème siècle, dans un pays qui ne s’appelle pas
encore le Vietnam, les luttes incessantes entre les envahisseurs du
nord venus de Chine et les quelques résistants d’un empire affaibli et
corrompu, sont le théâtre d’actes héroïques d’un patriotisme naissant.
Honneur, violence, fidélité, courage, dans un monde de désordre…
De retour sur ses terres, le seigneur Nguyen-Van-Anh devra
résoudre un terrible mystère. En effet, que deviennent ces jeunes filles
disparues ? Qui est en réalité la baronne Oanh-Oanh ? Réussira-t-il à
réinstaurer un semblant d’ordre dans cette province reculée ? Avec
l’aide de ses assistants et amis, tous experts en arts martiaux, il
traversera cette période trouble au prix d’épiques combats à mains
nues ou armé de sa formidable épée dénommée sang de dragon.
La suite des aventures du seigneur Nguyen-Van-Anh, le
légendaire guerrier noir.
18 €
Extrait de « Je suis le maître de ce château, la légende du guerrier noir 2 »
Chapitre 7 : « Le tournoi d’arts martiaux » « La force véritable vient de l’esprit. L’intelligence la plus fiable vient du corps. Le maître en arts martiaux possède les deux. »
Maître Tran-Van-Ho
L’aube venait tout juste de blanchir le ciel qui émergeait de la haie de bambous, mais les miliciens étaient déjà à l’exercice depuis une longue heure, sous la direction du colonel Wei. Les employés du palais provincial ponctuels aussi au rendez-vous, avaient préparé les formulaires permettant d’inscrire les participants au tournoi. Une foule dense s’était assemblée sur la place principale attirée par une aire circulaire de vingt-cinq mètres carrés environ, installée dans la nuit et délimitée par une demi-douzaine de miliciens en armes. Parmi tous ces gens se trouvaient bon nombre de curieux, des pratiquants d’arts martiaux, d’anciens soldats démobilisés ainsi que toutes sortes d’aventuriers. L’ambiance ressemblait à celle d’une foire, avec ses forts à bras qui exhibaient, à qui voulait les admirer, leurs biceps dénudés, ses jolies enjôleuses au charme tapageur, les marchands qui vantaient la qualité et la fraîcheur de leurs produits. Il y avait aussi des individus qui guettaient avec impatience l’émotion d’un incident. Un roulement de tambour se fit entendre. Le seigneur Nguyen-Van-Anh, le colonel Wei sur ses talons, arrivait sur la place encombrée. Un silence respectueux emplit l’espace. Avançant d’un pas, le jeune seigneur prit la parole.
- « Aujourd’hui va s’ouvrir le premier tournoi d’arts martiaux. Les meilleurs se verront proposer un emploi dans la milice locale. Je ne leur garantis pas fortune et gloire, juste une solde régulière de cent cinquante pièces de bronze, un toit et trois repas par jour. Je sais que ce n’est pas grand-chose, il faut être réaliste, je ne peux offrir que ce dont je dispose. Par contre, tous les lauréats bénéficieront d’une formation poussée, partageront avec les miens des expériences qui les enrichiront et les élèveront. Qu’ils montrent leur bravoure, leur fidélité et leur dévouement et ils seront récompensés. J’insiste surtout, sur le fait qu’ils auront la fierté de servir leur pays comme je le fais moi-même. Que les meilleurs gagnent ! »
Des cris de joie vinrent ponctuer la fin de l’annonce. Certains levaient les bras, pensant déjà à leur victoire qu’ils pensaient être à portée de muscles. Le colonel Wei fit un signe qui interrompit cette liesse populaire. Solennellement, la main posée sur son long sabre, il annonça :
- « Le tournoi sera composé de quatre épreuves. Le quyen à mains nues, le quyen avec une arme de votre choix et enfin les deux épreuves de combat, toujours à mains nues, ensuite avec l’arme de votre choix. Je m’occuperai personnellement de l’instruction des nouvelles recrues. Seuls les cinquante meilleurs seront enrôlés. »
Un majestueux coup de gong vint clôturer la simple, cependant formelle, cérémonie d’ouverture. Près de deux cents candidats s’étaient inscrits. Le seigneur Anh prit place dans un grand fauteuil, le colonel Wei à sa droite, debout et impassible.
Les prétendants, tout de même un peu intimidés et impressionnés, passèrent à tour de rôle devant ce jury d’experts. En effet, aucun de ces hommes n’ignorait la qualité de maître en arts martiaux de leur nouveau seigneur. Ils avaient aussi entendu les récits des exploits et des combats épiques qu’il avait menés ces derniers temps. Sa réputation l’avait précédé. Les élèves de l’école Hoa Long se distinguèrent par l’exécution majestueuse et harmonieuse de leurs enchaînements techniques. Des formes différentes avaient été présentées desquelles il se dégageait la même rigueur, la même beauté. D’ailleurs leur maître, un vieil homme dénommé Tho, avait présenté lui-même un enchaînement d’une rare technicité. Vinrent les trois soeurs de l’école Vo-Vuong1 qui firent une présentation époustouflante de leur savoir martial. Avec grâce et vélocité, avec souplesse et puissance, elles démontrèrent que des femmes pouvaient aussi occuper de tels postes. Anh se tourna vers Tuyet, son assistante, qui lui répondit par un sourire. A la fin de la première épreuve, il ne restait guère plus de cent candidats. Au terme de la deuxième épreuve, une bonne vingtaine d’athlètes fut éliminée. Rien d’étonnant, le travail des armes nécessitait une grande précision. Qu’ils maniaient des sabres, bâtons ou épées, des couteaux hirondelles ou bien encore la grande hallebarde, il était demandé aux postulants la plus grande maîtrise. Un paysan accompagné de ses deux vigoureux fils impressionna l’assistance pour leur exceptionnelle pratique du bâton long. Un jeune homme à l’aspect fragile d’un adolescent démontra avec une facilité déconcertante comment une faucille et une matraque pouvaient être d’une redoutable efficacité.
Les spectateurs ébahis commentaient bruyamment les exhibitions dès que celles-ci étaient terminées. Par contre, durant leur exécution régnait un silence religieux. Une douzaine de pratiquants et de pratiquantes se distinguèrent dont deux élèves de maître Tho, les trois soeurs, Châu, Phuong, Nga et un homme d’âge mûr, dénommé Binh. Au fur et à mesure les sélectionnés pour l’épreuve suivante restaient alignés sur le côté de l’aire d’évolution qui se transformerait bientôt en aire de combat.
Une légère brise balayait la ville, soulevant parfois la poussière jaune qui, dans certains recoins des venelles, se métamorphosait et s’étirait en un petit tourbillon. Les présentations qui venaient clôturer cette deuxième épreuve furent de même nature que les précédentes. Le dernier groupe était composé de sabreurs qui rivalisaient en force et en agilité. A la fin de chaque quyen, les athlètes saluaient l’assemblée avec respect. Les rubans de couleur vive accrochés à l’extrémité du manche des armes étincelantes flottaient fièrement, comme les étendards rouges et jaunes déployés sur la place principale. Parfois une rafale de vent faisait claquer le tissu, pendant que les lames d’acier sifflaient, tourbillonnant autour des guerriers qui donnaient vie aux armes par leurs mains expertes. Pour les spectateurs non avertis, il semblait presque facile d’en faire autant, car ils ignoraient la somme de travail que chacun des pratiquants avait fournie. Ils n’imaginaient pas non plus le temps nécessaire pour acquérir ces techniques et l’entraînement permanent pour aboutir à une telle maturité dans leur domaine. Ban-Lè, Tuyet ainsi que tous les proches du seigneur étaient très attentifs à ces exhibitions. Curieux, Nguyen-Van-Anh avait appelé maître Tho et s’entretenait avec lui, le questionnant sur son style et ses méthodes.
- « Maître, quel est votre style ? Je suis fort impressionné par vos élèves.
- Seigneur, je pratique le style des fleurs de prunier, des connaissances issues de ma famille depuis près d’un siècle. C’est très humblement que mes élèves et moi-même vous présentons notre travail.
- C’est remarquable !
- A vrai dire, tout cela est bien peu comparé à votre qualité et celle de vos assistants. »
Nguyen-Van-Anh ne sembla pas entendre le compliment. Il gardait ses yeux rivés sur les athlètes qui effectuaient leurs exercices. Il reprit :
- « Maître, que pensez-vous de l’actuelle milice ?
- Seigneur, je ne sais pas si je dois me permettre.
- Si, si.
- Réellement ?
- Oui, en toute franchise.
- Un ramassis de bons à rien qui passe plus de temps dans les tavernes du port à boire à l’oeil ou bien avec les prostituées.
- C’est bien ce qui me semblait. » répondit Anh en scrutant le visage du vieil homme.
Le candidat suivant était un jeune homme qui avait l’allure d’un paysan. Malgré ses vêtements élimés, il dégageait de sa personne une grande noblesse. Son visage ouvert et souriant se transforma lorsqu’il effectua les premiers mouvements de son enchaînement. Il utilisait un fléau couramment utilisé pour battre le riz, à la différence que celui-ci était constitué de trois branches. L’arme prenait vie entre ses mains. Tournoyant, elle tissait une toile impénétrable sur laquelle toutes les attaques se briseraient grâce aux trois morceaux de rotin renforcés à leurs extrémités par des anneaux de fer. D’un mouvement sec du poignet, l’arme se replia et vint comme par enchantement se loger dans la main de l’athlète. Il salua respectueusement le seigneur, l’assemblée, avant de rejoindre sa place sur le bord de l’aire de combat sous les applaudissements du public enthousiaste. Son visage se détendit et l’homme retrouva son sourire rayonnant.
Mis à jour (Mardi, 24 Août 2010 22:59)




